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Abandon

Il y a quelques années, j’étais étudiant en 2ème année d’une licence scientifique.
C’était la période des examens, et comme à chaque semestre jusqu’ici, les efforts que j’avais fournis allaient me permettre d’obtenir une petite moyenne et de valider mon année.
Cependant il y avait une matière que je maitrisais de bout en bout et ceux bien avant d’entrer en fac, car je m’en étais passionné plus jeune. Elle était importante dans cette licence et se déclinait sur les 3 ans. Ainsi c’était ma petite facilité: que j’ai 9 ou 11 de moyenne, la note que j’allais y obtenir m’assurait toujours de passer.

Le jour de l’examen de cette matière, comme tout le monde, je m’assis à la place assignée et reçu le sujet.
Après quelques instants, je me mis à observer mes camarades que je côtoyais depuis deux ans. La tête penchée, le stylo à l’œuvre pour les plus confiants ou les impatiens. Imperturbable.
C’est toujours pareil un examen. Un silence pesant, le regard lent des enseignants/surveillants, quelques bruits de pages se tournant ou de râles. Je me sentais étrangement exterieur. J’avais devant moi de quoi fièrement valider mon année, mais je ne daignais pas répondre à la moindre question.

Je restais ainsi tout au long de l’examen, me demandant parfois ce que je faisais.
Je rendis feuille blanche, avec quand même un petit mot philosophique à l’intention du correcteur dans une vaine tentative de justification.
Je n’obtint logiquement pas mon année, et abandonna les études.

Mais c’était il y a longtemps.

Mémoires du Bosphore

Le souvenir que je vais évoquer est lié à mes nombreux déplacements professionnels en 2011 à Istanbul. En y partant, je ne savais pas trop à quoi m’attendre et d’ailleurs je ne me posais pas trop la question. Pourtant mon frère, avant mon départ, semblait tellement emballé et n’arrêtait pas de me répéter que j’avais une chance incroyable. Mon esprit de contradiction agissant, j’ai minimisé le tout et suis parti à Istanbul juste après le jour de l’an 2011, la fleur au fusil.

Dès que j’ai mis les pieds dans cette ville, j’ai ressenti quelque chose de profond. Cette ville m’a touché esthétiquement et toute l’atmosphère qui s’en dégageait m’a totalement enivré. Avec le recul aujourd’hui, je me rends compte qu’Istanbul a agi comme une drogue sur moi. Je revenais de temps en temps à Berlin mais je ne pensais qu’à y repartir. L’ambiance orientale mêlée à cette agitation de mégalopole mais aussi la possibilité de se retrouver dans des ruelles désertes, d’un autre temps, Istanbul m’a charmé et j’en suis tombé amoureux. Depuis, je ne pense qu’à y retourner.

C’est surtout sur le bord du Bosphore, ce bras de mer qui coupe la ville en deux, ou à bord d’un bateau sur le Bosphore que cette magie frappe encore plus. Le souvenir en est tellement vif que je pourrais, les yeux fermés, dessiner ou expliquer la moindre silhouette de coupole ou de minaret, la moindre villa plongeant dans les eaux bleues du Bosphore. Les mots manquent souvent à exprimer ce que l’on voit et l’on ressent à l’instant T. Cependant, chaque fois que je me suis retrouvé sur les rives du Bosphore, que j’ai regardé tout autour de moi et que j’ai respiré un bon coup, cela m’a laissé un souvenir inaltérable. Le souvenir que je garde de ces moments est visuel, olfactif mais aussi auditif, avec le cri des mouettes, ceux des pêcheurs, les enfants qui courent et le bruit des bateaux qui glissent sur l’eau. Je garde aussi des souvenirs de vues incroyables sur le cap où se dressent les mosquées et le palais royal d’Istanbul. Les oiseaux qui à la tombée de la nuit virevoltent dans le ciel orangé. Incroyable. J’ai comme ça milles et uns souvenirs de vues de cette ville. Je m’y suis à chaque fois plongé, volontairement isolé et ai pris tout ce que je pouvais prendre des sons qui m’entouraient.

Un énorme choc esthétique et un souvenir inoubliable pour moi a été de pénétrer dans la basilique Sainte Sophie. Ancienne église devenue mosquée, colossale, la voute se dresse au-dessus de toi à une hauteur écrasante. Y règnent un mélange de solennel et de païen. C’est aujourd’hui un musée que des milliers de touristes visitent mais cela n’enlève rien au choc visuel lorsqu’on entre dans l’édifice et qu’on est pris dans une sensation de vertige par le bas, en levant les yeux. Milles souvenirs des moindres fresques et inscriptions aussi. Comme imprimés dans ma rétine.

A cela s’ajoute la dualité d’Istanbul qui n’enlève rien au souvenir qu’on en garde gravé. Deux continents, deux cultures, deux façons de vivre entre les jeunes modernes et les gens traditionnalistes, deux sociétés qui s’affrontent indirectement.

En ayant parlé avec bon nombre de connaissances qui se sont rendus dans cette ville, eux ont aussi tous ressenti une sorte de fascination au moment de l’appel à la prière. Loin d’être religieux, et même pas plutôt réfractaire aux religions, je m’y intéresse pour leur histoire notamment. Mais force est de constater qu’à ce moment précis où s’élèvent de tous les minarets de la ville, ces appels, mélodieux et incompréhensibles, cela prend aux tripes. Je me rappelle très précisément d’une fois où j’étais sur la terrasse d’une amie. Je regardais insouciant le pont devant moi et le Bosphore. L’appel à la prière démarre toujours par la voix de la mosquée locale qui commence doucement à parler mais qui tranche, avec la modernité ambiante. Puis ça s’emballe, et le niveau sonore devient incroyablement élevé dans la ville, c’est comme si tous les imams se parlaient et dialoguaient. Ca force au silence et en général les discussions s’interrompent à ce moment précis, par surprise pour nous occidentaux principalement. Je me rappelle très bien avoir vécu cet appel très intensément, à la tombée de la nuit, le pont gigantesque, un peu comme celui de San Francisco, commençait à s’illuminer, c’était simplement très beau.

J’ai donc comme tu peux le voir des dizaines de souvenirs précis dans cette ville mystique. Comme tu m’as dit que le souvenir devait être lié à l’esthétique, j’ai tout de suite penser à cela. Chaque point de vue sur la ville offre son lot d’émotions inoubliables. C’est ce qui rend cette ville incroyable et ce qui m’a procuré les mêmes émotions qu’à Rome ou Jerusalem. Ok je suis très porté sur l’histoire mais ces trois villes m’ont toutes les trois toujours coupé le souffle !