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Guitare

Je me souviens, je devais avoir 7 ou 8 ans et j’étais invité à l’anniversaire d’une camarde de classe. Je n’ai finalement pas beaucoup joué avec mes amis, préférant m’intéresser à une guitare, sur laquelle il ne restait plus qu’une corde. M’affairant une bonne partie de l’après midi à faire résonner cet instrument incomplet, j’étais fasciné par l’objet. En repartant de la fête, je demandais à ma mère de m’inscrire à des cours de guitare. Je joue depuis dès que je le peux, et cela m’aide dans les moments difficiles tout en sublimant les bons moments.

Ma petite cascade

J’ai beaucoup de souvenirs en Lozère, cette région méconnue du Languedoc-Roussilon, mais il y en a un  qui me revient à l’esprit… quelque chose de très simple. Le bruit de l’eau qui tombe sur le toit percé de la caravane dans laquelle j’habitais un mois durant, chaque année, avec ma mère et ma grande sœur, de mes 5 à mes 13 ans.

L’orage d’été en Lozère, c’est pas du petit crachin…il faut le savoir. C’est une déferlante de tonnerres vrombissants, c’est une lourde pluie poisseuse portée de temps à autre par des vents effrayants. Je passe vite sur les ciels « vibrionnant de mille éclairs » pour citer Noir Désir, mais dans le regard d’un gosse de 6-7 ans, c’est à la fois un moment pour le moins intimidant, une occasion de faire les gros bras devant les copains d’été et de regarder le monde partir en ruisseaux dévalant sur les pentes douces du camping. Il n’était pas rare donc d’avoir à chaque séjour, ses deux ou trois orages (le climat lozérien n’est pas le plus simple du monde et j’espère qu’il le restera jusqu’à la fin, de quoi, j’en sais rien…) et je me plaisais ainsi à écouter le bruit des gouttes d’eau s’acharnant contre le toit de la caravane tout en faisant mes devoirs de vacances (un aspect plus désagréable de l’orage d’été) et juger de la violence de l’apocalypse qui s’abattait dehors tandis que je restais assis au sec, à faire semblant de multiplier 7 et 8. Le moment de grâce, c’est-à-dire, lorsque ces instants prenaient un tournant à la fois tragique et intense était lorsque la pluie, tombant de manière suffisamment importante, créer des sortes de cours d’eaux coulant le long des vitres et des fenêtres en plastiques souples du haut-vent. Plus forte était la pluie, plus large était le courant et plus fort était mon sentiment d’être en sécurité et de pouvoir me la jouer peinard devant les copains assis avec moi sous le haut-vent…

Il n’y a pas une seule fois où, voyant un ruisseau courir sur le pare-brise de ma voiture ou sur un velux d’un appartement ou d’un magasin, je ne pense à ces instants et à mes petites cascades.

Premier contact

Je devais être en 5ème ou en 4ème quand notre prof de français nous avait demandé de jouer une des scènes de « L’Avare » de Molière. Je voulais pas que ma note dépende de quelqu’un d’autre en acceptant d’interpréter une scène à plusieurs personnages, du coup j’avais choisis le monologue où l’avare crie au voleur, complètement fou de rage. Je devais être encore trop introverti pour pouvoir arriver devant la trentaine d’autres élèves de ma classe et faire le mec vénère l’instant d’après.

Simple, j’avais la pression. Trop de pression. Je connais le texte, d’accord, mais le sortir sans bafouiller, sans craquer, sans ce putain de moment de solitude que n’importe qui a redouté au moins une fois dans sa vie.

Les yeux se fixent sur moi, les minutes se rallongent. Tant pis, faut que ça parte. Les premiers mots sortent, les suivants s’enchaînent, mais rien à voir avec le rythme monotone qui sortait quand je répétais. Putain, mais c’est quoi ce rythme ? Molière n’a jamais écrit ça pour qu’on l’interprète de cette façon. C’est un monologue, de la prose pure, mais pourtant les rimes s’enchaînent et le ton est sévère. Regard sombre, mains qui s’agitent … on parle plus de pièce de théâtre là, on parle de rap ! Merde, un bafouillement ! C’est difficile, mais faut que les mots arrivent à redémarrer, en plus la fin du texte est dans 4 ou 5 phrases. Allez. Allez ! Ça y est, c’est terminé… La salle de classe explose, mes potes sautent de leurs chaises, les applaudissements se font retentir. Sérieux, je suis capable de ça ? PUTAIN ! Et la prof, qu’est-ce qu’elle en pense ? J’attends…

« C’était très bien, mais à un moment tu as bafouillé et du coup je ne peux pas te mettre 20/20, du coup je te mets que 19/20. »

Toute la classe crie au scandale. Elle a raison. Salope.

Le prix de la gourmandise

Lors de nos vacances en Normandie quand j’étais petite, nous nous sommes rendus dans un zoo, mes parents, ma soeur, et mes grands parents. Pendant la visite, j’ai entamé un paquet de tartelettes à la fraise, tout en observant les animaux du parc. Au même moment, nous sommes arrivés devant un espace ouvert où les singes évoluaient librement d’arbres en arbres. Nous nous sommes arrêtés quelques instants devant eux et… tout à coup, ma vue s’est soudainement bouchée. Quelque chose m’avait foncé dessus, et tout s’est passé très vite, en l’espace de quelques secondes seulement. Ce n’est que lorsque le singe est retourné sur sa branche en train de déguster ma tartelette que j’ai compris que c’était celui-ci qui était venu me la voler en venant grimper sur ma tête !

Si cela a bien fait rire toute ma famille, passé le choc de la surprise, je n’ai pas tardé à faire une crise de larmes, un peu parce que j’avais eu peur… Mais je me souviens que c’était surtout parce que je n’avais plus ma tartelette ! Finalement j’ai rapidement pu être consolée avec un autre des gâteaux qu’il y avait dans le paquet, en prenant bien attention cette fois à ce qu’il n’y ait pas de singes farceurs dans le périmètre !!!

La petite chipie

Alors que je demandais à ma mère quel genre d’enfant j’étais, elle m’a raconté une anecdote de laquelle je n’ai aucun souvenir mais qui m’a fait bien rire.

Je devais avoir 3 ou 4 ans, ma mère m’avais laissée chez ma grand-mère car elle devait travailler et qu’il n’y avait pas école et ce jour-là ma grand-mère avait prévu de faire ses commissions dans un supermarché. Je me suis donc retrouvée dans ce supermarché avec ma grand-mère et ma tante. Comme pas mal d’enfant l’on vécut, j’ai échappé à la surveillance de ma tante et de ma grand-mère et je me suis perdue. J’ai alors été accompagnée à l’accueil du magasin par un adulte qui passait par là, et l’hôtesse d’accueil a passé une annonce afin que ma famille vienne me récupérer. J’étais une enfant plutôt bavarde et extravertie et en attendant que ma grand-mère et ma tante viennent me chercher j’ai engagé la conversation avec les vigiles qui se trouvaient à l’entrée du magasin. Quand ma grand-mère et ma tante sont enfin arrivées, j’ai feint de ne pas les connaître, les vigiles ne voulaient pas me laisser partir avec elles et elles ont été obligées d’appeler ma mère qui a alors dû partir de son travail avec le livret de famille et ma pièce d’identité.

Aujourd’hui ma mère et moi rigolons ensemble de cette anecdote mais j’imagine qu’à l’époque elle devait me maudire.